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107 - 2004/1

Le langage des pavillons dans la Marine

Quelques exemples des flammes et pavillons du code international des signaux maritimes.

L’usage des pavillons pour communiquer ou signaler entre navires a débuté avec la marine elle-même, c’est-à-dire aux temps les plus anciens.

Chaque Marine a eu ses propres pavillons, qu’ils soient nationaux, régionaux, locaux, chaque armateur a eu le sien et on peut dire que tout ce qui pouvait flotter au vent pour être vu a été hissé dans la mâture : pavillons rectangulaires, carrés, crantés, flammes sur hampe, flammes crantées, pointues ou coupées, triangles ou guidons, etc… et même des balais !

Leurs significations et leurs tailles variaient d’une Marine à l’autre parfois selon leur position dans la mâture. C’est la Marine de guerre qui en faisait le plus souvent usage pour les manœuvres et les combats.

Le Code International

petit historique [1]

On peut dire que le premier code connu pour son utilisation commerciale a été le code MARYATT (1817 - 1880), où ne figuraient que des chiffres. En 1857 on fit un autre code avec les lettres de l’alphabet. Remodelé en 1871, il devint le Code International des Signaux avec cette fois-ci des chiffres et des lettres. Remodifié en 1901, il fut terminé en 1931 et entra en vigueur en 1934. C’est le code actuel.

Il comprend 26 pavillons de A à Z, le A et le B étant crantés, les autres carrés, 10 flammes aux bouts coupés, une pour aperçu, les autres numériques de 0 à 9, enfin 3 guidons triangulaires pour les répétitions des trois premiers rangs dans les messages, que ce soient des chiffres ou des lettres.

L’identification des navires

Pour identifier un navire, il existe de nombreux pavillons et flammes.

Les pavillons de nationalité : rectangulaires, ils sont placés différemment au mouillage et en mer. Au mouillage, ils sont montés sur une hampe à l’arrière. En mer, ils sont hissés à la corne d’artimon ou de brigantine, à défaut de corne, en haut du mât. Au mouillage uniquement, il existe pour les Marines de guerre un pavillon carré ou une flamme de couleur appelé pavillon de beaupré qui a une signification propre : croix de guerre, ordre de Malte, médailles militaires, pavillons FNFL, etc… Dans certaines Marine de guerre le pavillon de la Marine n’est pas celui de la nation : exemple de la Russie, de la Belgique, etc… Aussi c’est le

pavillon de beaupré qui est alors le pavillon national.

Les pavillons d’identification autres que le pavillon national : ce sont les flammes nominatives, les pavillons d’armateur, les numéros d’identification internationaux ; les numéros d’identification sont uniques et sont hissés en tête de mât d’artimon sous le pavillon national, en général sur quatre rangs. Pour les trouver sur les navires anciens, deux méthodes, la lecture des écrits ou l’étude des toiles et peintures laissées par les peintres de marine. C’est ainsi que le BELEM peint par Edouard Adam en 1902, sous armement CROVAN portait le code HLPN (code 1901), actuellement il porte le numéro FUWZ. L’ALMENDRAL de la maison d’armement BORDES portait entre 1900 et 1910 l’identification H42M qui correspondait aux lettres HFDM (code 1901). Les flammes nominatives et les pavillons d’armateurs étaient placés pour les premières en tête du grand-mât, pour les seconds en tête du mât de misaine. Les flammes nominatives étaient assez grosses, l’armement BORDES avait des flammes rouges avec des lettres blanches. Les pavillons d’armateurs variaient d’une maison à l’autre. Une importante planche de ceux-ci figure en couleur dans les Grands voiliers français [2].

Les Marines de guerre arborent d’autres marques distinctives : les marques de commandement et les marques honorifiques de distinction. Elles sont hissées dans un ordre précis à la mer et au mouillage en tête de grand-mât sous la flamme de guerre. Les marques de commandement sont des pavillons carrés avec des signes distinctifs signifiant qu’une autorité est à bord :

- pavillon national avec 2 ancres croisées bleues dans le blanc : chef d’état-major de la Marine

- étoiles bleues dans le blanc : amiral 5 étoiles et vice-amiral d’escadre 4 étoiles

- 3 étoiles blanches dans le bleu : vice-amiral

- 2 étoiles dans le bleu avec croix blanche : contre-amiral

- guidon rectangulaire cranté avec une étoile blanche dans le bleu : capitaine de vaisseau commandant un groupe de bâtiments, etc…

Les marques honorifiques de distinction sont celles des Chefs d’état, des familles régnantes, des ambassadeurs, etc… Elles sont également hissées dans un ordre précis.

Enfin viennent les marques de signalisation à usage courant : bateaux pilotes avec une ancre de couleur sur fond de pavillon carré correspondant au port d’attache, pavillons nationaux de mouillage hissés à tribord de la vergue de misaine, etc…

Les marines de guerre arborent également des guidons ayant une signification particulière momentanée :

- guidon rectangulaire blanc et noir "le commandant n’est pas à bord " - guidon rectangulaire bleu et blanc de Police

- guidon rectangulaire à carreaux jaune et bleu de surveillance des pêches, etc…

Les flammes de guerre : leur origine proviendrait de l’époque où les vaisseaux de Tromp arboraient en tête de grand-mât un balai, se désignant ainsi comme les balayeurs des mers. Ce à quoi répondit peu après le long fouet de leurs adversaires à leur tour victorieux [3].

Il est à rappeler que la tradition pour les navibotellistes est de placer en tête de mât une flamme portant le prénom de la dame à qui est destinée la bouteille.

Restent les grands et petits pavois qui ont déjà été traités dans Rose des Vents.

La messagerie et le langage des pavillons du code des signaux maritimes

J’en ai trouvé une bonne partie dans l’ouvrage de Dominique Le Brun [4]. Je les ai classés par rubriques permettant de mieux s’y retrouver que dans l’ordre alphabétique.

Avant de vous les énumérer, attention aux différents codes de 1857, 1901, 1934 qui n’utilisaient pas les mêmes signaux ni les mêmes pavillons.

Par exemple, dans le code 1901, les flammes numériques actuelles 1, 2, 3, 4, 5 étaient les lettres C, D, E, F, G.

Aussi obtenait-on les messages suivants :

Quel est le nom de votre armateur ? code 1857 : PNT - code 1901 : SYM - code 1934 : KMK

Je vous souhaite bon voyage : code 1901 : TDL - code 1934 : WAY

Superbe, admirable : code 1901 : ZC, ZD

Attendez jusqu’à ce que le temps s’améliore : code 1901 : GK - code 1934 : XU

Voici quelques significations actuelles de messages utilisant le code international des pavillons, classées selon les rubriques choisies par mes soins : communication de base, messagerie, navigation, au port, au mouillage, pilotage, aide, remorquage, en route en mer, en pêche, le point, la position, la météorologie, l’assistance médicale, l’assistance maritime, avaries, abandon, sauvetage.

Communication, messagerie

K kilo : je désire communiquer avec vous

ZB4 : je peux communiquer avec vous en grec

ZB8 : je peux communiquer avec vous en russe

C charlie : oui

N november : non

X x-ray : arrêtez et veillez mes signaux

ZP : mon dernier message est incorrect et je vais le répéter

JW : stoppez immédiatement

FN : je vous ai perdu de vue

SO2 : restez où vous êtes

SL : quelle est votre vitesse ?

RS : il est interdit de monter à bord

PG2 : votre projecteur m’éblouit

Navigation au port

P papa : un signal original de partance était hissé au départ du Chili par les cap-horniers, appelé " la Croix du Sud ". Constitué d’un cadre de bois avec 4 fanaux blancs disposés de façon à reproduire la Croix du Sud, il était hissé 3 fois sur l’avant du mât de misaine au départ.

Q québec : je demande la libre pratique

UH : pouvez-vous me guider dans le port ?

RV2 : entrez dans le port

UO : vous ne devez pas entrer dans le port

LX4 : quand puis-je entrer dans le canal ?

UN2 : puis-je quitter le port ?

SD : je ne suis pas prêt à appareiller

MB3 : libérez le chenal

QC : attendez que la mer soit pleine

RC : je suis en train de rompre mes amarres

Au mouillage

Y yankee : mon ancre chasse

RB : mes ancres chassent

QU1 : j’ai mouillé mes deux ancres

RD : levez l’ancre immédiatement

RG1 : à quelle heure dois-je me rendre au mouillage ?

JL : vous courez le risque de vous échouer

RH : il n’y a pas de fond de bonne tenue dans ma zone

NL1 : y a-t-il une hauteur d’eau suffisante ?

FO1 : je vais rester près de vous pendant la nuit

Pilotage, demande d’aide

G golf : j’ai besoin d’un pilote

H hôtel : j’ai un pilote à bord

UC : y a-t-il un pilote disponible ?

UF : suivez le bateau pilote

UJ : placez-vous à bâbord au vent pour abriter le pilote

Remorquage

Z zoulou : j’ai besoin d’un remorqueur

LG : préparez-vous à larguer la remorque

KO2 : pouvez-vous me prendre en remorque

GV3 : je n’ai pas de lance-amarre

KV3 : avez-vous une aussière ?

LG1 : prenez-moi par l’arrière et dirigez-moi

En route, en mer

I indien : je viens sur bâbord

E écho : je viens sur tribord

NA : la navigation est interdite

PD : vos feux de navigation ne sont pas visibles

PJ : je ne peux pas maintenir ma route actuelle

UW : je vous souhaite bon voyage

MZ1 : j’estime que votre manière de naviguer est dangereuse et je compte vous signaler

A alpha : tenez-vous à distance et avancez lentement

D delta : ne me gênez pas

L lima : stoppez votre navire immédiatement

M mike : mon navire est stoppé

R romeo : laissez-moi passer

IL : je ne peux faire route qu’à vitesse réduite

RY : faites-route à petite vitesse et passez près de moi

S sierra : les machines sont arrière

En pêche

T tango : chalutage à bord

TQ : vous avez accroché mes engins de pêche

TF : je mets à l’eau mon filet dérivant

TO : j’ai une mine dans mes filets

Le point, la position

EY1 : êtes-vous sûr de votre point ?

EY : je suis sûr de mon point

EX : mon point et douteux

EW1 : mon point est obtenu avec des relèvements visuels

MIK : signalez votre position au Llyod

FA : pouvez-vous me donner votre position ?

FC : indiquez votre position par signaux visuels ou sonores

PI : maintenez votre route actuelle

La météorologie

XR : le temps est beau

XT1 : on prévoit du beau temps

XU : attendez jusqu’à ce que le temps s’améliore

YD : que prévoit-on pour l’évolution du vent ?

YD5 : on prévoit que la force du vent est constante

XZ6 : le vent mollit

VL : une tempête approche

ND : on s’attend à un raz de marée

VO : avez-vous rencontré des glaces ?

WC : je suis pris dans les glaces

L’assistance médicale

W whisky : je demande un médecin

AN : j’ai besoin d’un médecin

AM : avez-vous un médecin à bord ?

MED : le malade souffre

MAQ : l’état du malade est inchangé

MQT : votre diagnostic est probablement exact

L’assistance maritime

U uniforme : vous courez un danger

V victor : je demande assistance

NC : je suis en détresse et je demande assistance

EN : essayez d’entrer en contact avec le navire en détresse

CV : je ne peux pas vous porter assistance

CO1 : je ne peux pas fournir l’assistance demandée

CJ1 : demandez-vous assistance immédiate ?

DV1 : je suis à la dérive

CB5 : je demande assistance immédiate

EA : avez-vous aperçu un navire en détresse ?

Avaries

J juillet : incendie à bord, tenez-vous à distance

IT : j’ai le feu à bord

HV : avez-vous eu un abordage ?

IC : les avaries peuvent-elles être réparées en mer ?

JG : je suis échoué dans une position dangereuse

KC : ma cale est noyée

IA2 : j’ai subi des avaries au bordé au-dessus de l’eau

IF1 : il n’est pas possible de réparer les avaries en mer sans assistance

Abandon

F fox-trot : je suis désemparé

AC : j’abandonne mon navire

AE : il me faut abandonner mon navire

AH : vous ne devriez pas abandonner votre navire

AE1 : je désire abandonner mon navire mais je n’en ai pas les moyens

GM1 : je ne puis sauver mon navire, restez près de moi

Sauvetage

O oscar : un homme à la mer

GZ : tout le monde est sauvé

GS : je vais tenter le sauvetage avec un va-et-vient

HM2 : les rescapés sont en bon état

HL1 : je cherche toujours les rescapés

BS : envoyez une embarcation avec brancard

GQ : je ne peux faire route à cause du temps pour porter secours, faites ce que vous pouvez

HD : puis-je transférer les personnes sauvées sur votre navire ?

HR : essayez d’obtenir les renseignements maximum des rescapés

Conclusion

Ce long article permettra peut-être de faire flotter dans la mâture des signaux compréhensibles pour les personnes initiées, voire humoristiques, pourquoi pas ? Je souhaite vous avoir intéressé et je remercie Paul Chaud pour ses encouragements à la rédaction de ces quelques pages.

Arborer le Grand Pavois

Le Grand Pavois ne doit être arboré qu’entre 8 heures et le coucher du soleil, au plus tard à 20 heures.

La manière de faire adoptée par l’Amirauté française, en partant de la proue est la suivante :

A, B, 2, U, J, 1, K, E, 3, G, H, 6, I, V, 5, F, L, 4, D, M, 7, P, O, 3è s, R, N, 1er s, S, T, zéro, C, X, 9, W, Q, 8, Z, y, 2è s.

Dulou Bernard -  20 juin 2004


[1La Marine à Voile : dictionnaire encyclopédique illustré des tenues nautiques et du langage à bord des grands voiliers, sous la direction de Jean Randier, éditions Arthaud, 1979.

[2Grands voiliers français : Jean Randier, éditions Celiv, 1986, 263 pages.

[3Us et coutumes à bord des longs-courriers, Armand Hayet, éditions Denoel, 1979, 387 pages.

[4L’univers du marin de A à Z ; le langage pratique de la mer, Dominique Le Brun, éditions Solar, 1999, 223 pages.

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