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116 - 2006/2

Histoire : les Terres Australes

Le syndrome des Terres Australes ou les aventures du Capitaine au long-cours Raymond Raillier du Baty (1881-1978).

La Curieuse au départ de Cherbourg.

(Suite de l’article "dioramas sous globe" de RDV 115)

La grande aventure polaire battait son plein il y a un siècle avec pas moins de sept nations en expéditions pour la course au Pôle Sud et la découverte des Terres Australes. Les expéditions françaises du docteur Jean-Baptiste Charcot avec le FRANÇAIS en 1903 puis avec le POURQUOI PAS ? en 1908 ont été relatées dans de nombreux ouvrages [1].

Mais avez-vous entendu parler des deux expéditions australes françaises de Raymond Raillier du Baty aux Kerguelen ? Grâce à des documents offerts par plusieurs amis atteints du Syndrome des Terres Australes (voir remerciements) je vais vous relater modestement en les résumant les dites expéditions, ainsi que l’existence de Raillier du Baty.

Raymond Raillier du Baty est né à Lorient le 13 août 1881. Il est le fils d’un Capitaine de Vaisseau, son oncle est Amiral. Il fait ses études chez les Jésuites, mais son rêve d’aventures est conforme à sa parenté. Il choisit la Marine Marchande et franchit le Cap Horn comme élève sur un navire-école en 1900. Son frère aîné Henri est déjà capitaine au long-cours. Raymond fait son service militaire dans la Marine Nationale comme matelot sur le cuirassé BRENNUS. Il a 22 ans et est élève-officier lorsqu’il parvient après quelques difficultés à embarquer comme matelot sur le FRANÇAIS et part avec J-B Charcot pour la première expédition française en Terre Adélie en 1903. Il publiera un carnet de bord "Dans l’ombre de Charcot". Charcot l’apprécie et lui confie les relevés géodésiques afin de cartographier les endroits où séjourne l’expédition. Ce sera pour lui le déclic à ses nombreuses aventures.

Raillier du Baty est de toutes les sorties, de toutes les corvées, il apprend, est respecté par les autres. Un jour, l’équipe qu’il dirige se perd dans la brume et n’est retrouvée qu’après 48 heures, à moitié gelée [2]. Cette mésaventure se reproduira lors de la seconde expédition du POURQUOI PAS ? où c’est Charcot lui-même qui faillit disparaître [3]. L’expédition rentre de justesse à Buenos Aires avec une importante voie d’eau qui oblige Charcot à y vendre le FRANÇAIS et à rentrer en France sur le paquebot ALGERIE avec ses hommes. Raillier du Baty entre à la Compagnie Transatlantique et est reçu capitaine au long-cours en 1901. Il décide de repartir au plus vite. Charcot fait construire le POURQUOI PAS ? qui sera lancé le 18 mai 1908. Pendant ce temps Raillier du Baty cherche des subventions et finit par trouver à Boulogne un harenguier LE SACRE CŒUR DE JESUS qu’il fait retaper avec ses économies. Il le baptisera JB CHARCOT avec l’accord du docteur qui lui ouvre de nombreuses portes pour acquérir du matériel et des instruments [4]. Un équipage est formé : Henri Raillier du Baty, capitaine au long-cours, sera le capitaine du JB CHARCOT, lui Raymond, second et chef d’expédition ; ils ont 27 et 25 ans. Un bosco de 43 ans, Jean Bontemps, et trois matelots, Léon Agnès (22ans), Eugène Larose (18 ans) et Louis Esnault (16 ans) cuisinier, seront du voyage. Celui-ci dure deux ans de septembre 1907 à juillet 1909, de Boulogne à Melbourne. Le chien du bord est un ancien cap-hornier qui, ayant été confié à un pêcheur de Boulogne par Henri lors d’une escale en Angleterre, est revenu de lui-même à bord du JB CHARCOT après un an de changement de maître. Il sera le seul avec le chat à disparaître lors d’une tempête.

Le voyage se déroule avec des péripéties dignes de la marine à voile sur un petit bateau sans moteur, digne d’une navigation du XVIIIe siècle, mais avec un équipage qui s’entend bien. Le matelot Larose embarquera d’ailleurs lors de la première escale en Angleterre qui faillit être fatale à l’expédition. Il est donné chaleureusement par un patron pêcheur français, c’est un gaillard bon à tout faire, solide, un peu rêveur, mais c’est un ogre ! Il mange plus que les cinq autres réunis ! Il est surnommé le " moulin à biscuits " tellement il croque les biscuits de mer avec méthode et application. Heureusement il trouvera toujours à bord, aux escales puis aux Kerguelen de quoi satisfaire son féroce appétit.

Rio de Janeiro franchi, une tempête emporte le chat puis c’est une assez longue escale à Tristan da Cunha où la population reçoit l’équipage avec les égards dus à un si petit bateau qu’est le JB CHARCOT. Les harenguiers étaient de véritables bateaux hauturiers, décrits dans un article du Chasse-Marée [5] où se trouve une photographie du JEAN CHARCOT page 30 du dit article. L’expédition repart vers les Kerguelen le 27 janvier 1908 avec cinq moutons et trois cochons qui passeront par-dessus bord avec le chien lors d’un terrible cyclone dans l’Océan Indien.

 » Fin de l’article

Dulou Bernard -  28 août 2006


[1Gilles Millot : "J-B Charcot et ses navires", le Chasse-Marée, juillet 1986, pp 28-53 ; Jack Grout : J-B Charcot in "C’était au temps des yachtmen, histoire mondiale du yachting", Voiles Gallimard, 380 pages, pp 298-307 ; Jules Rouch : "L’Antarctique, voyage du POURQUOI PAS ? en 1909", AMAPOF ; Raymond Raillier du Baty : "Dans l’ombre de Jean Charcot", éditions Arthaud, 1946.

[2Eric de Goutel : Charcot in "Découvreurs et pionniers de notre temps", éditions Famot, 246 pages, 1974, pp 151-256.

[3Clément Alzonne : "A la recherche de Charcot disparu : journal d’un officier du POURQUOI PAS ?", 1978, in "Aventures et récits de la conquête des Pôles", Fernand Nathan, 234 pages, pp 91-107.

[4J-B Charcot : Courrier entre J-B Charcot et R. Raillier du Baty in "Aventures aux Kerguelen", 1991, éditions Maritimes et d’Outre-Mer, 248 pages, pp 245-246.

[5William Morgan : "Les harenguiers de Fécamp, le temps de la voile", le Chasse-Marée, mai 1988, pp 34-51.

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